Siegen, Allemagne
Dans un passé lointain....
Ce mercredi-là, j'avais entrepris une longue promenade dans les bois de Siegen. Mes chiens, Jonathan et Sven, folâtraient autour de moi, reniflant un escargot à gauche, une sauterelle à droite. Déjà, ils avaient coursé un renard à travers des massifs de digitales, étaient revenus sur ses traces d'un côté à l'autre de l'allée, sans résultat. Le petit rouquin les avait semés avec une facilité déconcertante, passant devant moi sur la pointe des pattes sans me voir pour ensuite se fondre dans les fougères et dans l'ombre fraîche des hêtraies. Silencieux, il avait disparu au plus profond de la forêt alors que mes deux Tartarins couraient encore, ventre à terre sur les tapis d'aiguilles de pin qui bordaient notre chemin, lançant vers le ciel leurs abois inutiles autant que dérangeants.
Durant cette chasse stérile, j'étais restée immobile au soleil dans l'attente du retour des deux compères qui, bientôt, avaient fait leur réapparition, fourbus, la langue à terre, mais heureux de cette échappée sauvage. Le ridicule de leur échec ne les avait pas atteints et deux paires d'yeux saillants avaient alors cherché mon approbation. N'avaient-ils pas répondu à l'attente de leur maîtresse en mettant en déroute tous les grands fauves de la forêt? Non, Messieurs, j'avais pensé que vous étiez ridicules et trop bruyants ; cette fois, je vous l'avais dit tout haut et d'une voix ferme. Une grande déception était apparue dans leur regard ainsi qu'une question : «Comment pouvaient-ils continuer à vivre avec une femme aussi peu au fait des arcanes de la chasse?»
La vue d'un premier clitocybe orangé vint me détourner de notre discussion de sourds. Je décidai de quitter l'allée et de m'enfoncer sous les futaies pour en trouver d'autres. Les deux poilus, heureux de cette diversion me suivirent dans les taillis, allant d'une flaque de soleil à l'autre, sautant par-dessus les troncs morts, se vautrant, au passage, sur d'anciennes odeurs de gibiers retenues par les mousses vert émeraude. Il ne fallut pas longtemps pour qu'ils choisissent de me dépasser afin de reprendre leur quête éperdue d'un faisan ou d'un lapin un peu distrait.
Ces instants de bonheur simple et tranquille furent brusquement troublés par une impression de danger imminent. Impossible à définir, impossible à palper et cependant bien présente. Mes chiens s'étaient immobilisés, côte à côte, les poils du dos dressés en deux crêtes parallèles. Ils ne bougeaient plus mais un sourd grondement montait du fond de leur gorge ; leurs gueules, lèvres rétractées, découvraient toute l'agressivité des dents blanches et pointues.
Je m'approchai d'eux avec mille précautions, un pas après l'autre, cherchant à situer l'endroit d'où pouvait surgir le danger. Mais quel danger? Venant de quel élément de la nature? La gorge serrée, le souffle suspendu, je cherchais. Mon regard suivit la direction donnée par ceux des chiens. Je découvris alors, avec un frisson, la fin du corps d'un serpent qui terminait de se faufiler sous un tronc abattu par la vieillesse. Je n'en vis que la queue courte mais la grosseur de celle-ci me fit comprendre que le danger était bien réel s'il s'agissait d'une vipère.
Ce serpent, j'en avais à peine aperçu la fin du corps mais ce que j'avais ressenti avec force, c'était le danger qu'il représentait. Mes chiens seuls avaient pu entendre son glissement avant de le voir et leur instinct les avait fait se tenir à distance d'une morsure potentielle. Tous trois, submergés par l'émotion, nous éprouvâmes le besoin de nous éloigner au plus vite et de reprendre notre souffle lors d'une petite halte. J'entraînai donc mes deux compagnons vers une clairière bien ensoleillée. Rassurée par la distance établie, je m'assis sur une souche d'où je pouvais surveiller les environs, Jonathan et Sven couchés à mes pieds.
![]() |
| Jonathan le "ravi" |
| Sven, le forban |


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire