dimanche 23 août 2020

Potage aux carottes anciennes





Incroyable cette différence de goût qui existe entre ce potage aux carottes anciennes et un potage aux carottes traditionnelles !

Rien que douceur, douceur et encore douceur... si toutefois le choix de l'assaisonnement a respecté cette recherche.


Ingrédients

4 grosses carottes anciennes
1 oignon blanc
2c à s d'huile d'olive
sel/poivre
1 cube de bouillon de volaille
1 pincée de graines de cumin ou de carvi (le goût sera différent)

pour la garniture : quelques pluches de persil, quelques fleurs de basilic, 1 nuage de crème fraîche

Préparation

-- Éplucher les carottes et les détailler en petits dés
-- Émincer l'oignon et le faire revenir dans l'huile
-- Ajouter les dés de carottes
-- Couvrir d'eau 
-- Saler, poivrer et ajouter le cube de bouillon
-- Placer les graines de cumin dans un œuf pour le thé et déposer ce dernier dans l'eau du potage*
-- Cuire une vingtaine de minutes 
-- Enlever l’œuf contenant les graines de cumin puis mixer



* La raison pour laquelle je place le cumin dans un œuf à thé : plus jeune, lorsque je passais mes vacances en Savoie, j'avais pris l'habitude de machouiller les graines du cumin sauvage quand j'en trouvais (délicieux !). Une villageoise m'ayant vu faire me prévint qu'en quantité, le cumin pouvait être toxique. Elle ajouta que, lors de son emploi, elle-même le plaçait dans une petite étamine pour pouvoir le retirer en fin de cuisson. Voilà donc la raison de cette habitude que j'ai prise. 
Je précise que je n'ai pas trouvé de renseignements concernant la toxicité du cumin. En fait je ne lui trouve que des bienfaits...
 
https://jardinage.lemonde.fr/dossier-919-carvi-carum-cumin-pres.html







mardi 18 août 2020

L'élégance du hérisson - Muriel Barbery








J'ai vraiment apprécié ce livre même si, par endroits, je trouvais les idées un rien tirées par les cheveux. 
Un second reproche  : dans quelques paragraphes, l'utilisation logorrhéique d'un vocabulaire qui aurait gagné à rester plus simple, utilisation qui allongeait les phrases jusqu'à l'absurde.
Après dix, quinze, vingt mots qui formaient dans mes pensées un magma chaotique, après relecture de ces mots et un second magma dont je craignais qu'il n'ensevelisse définitivement mon raisonnement futur, j'abandonnais quitte à passer à côté d'une phrase-clé, perle de tout le paragraphe...
J'avouerai donc que certains passages, je les ai sautés (dans le sens non trivial) pour aller vers d'autres,  nettement plus intéressants.

Ceci dit, que l'on aime vraiment ou avec des réserves, personne ne regrettera  d'avoir lu ce roman. 
 

"...Les adultes ont avec la mort un rapport hystérique, ça prend des proportions énormes, on en fait tout un plat alors que c'est l'événement le plus banal du monde..."


"...les hommes vivent dans un monde où ce sont les mots et non les actes qui ont du pouvoir, où la compétence ultime, c'est la maîtrise du langage. C'est terrible, parce que, au fond, nous sommes des primates programmés pour manger, dormir, nous reproduire, conquérir et sécuriser notre territoire et que les plus doués pour ça, les plus animaux d'entre nous, se font toujours avoir par les autres, ceux qui parlent bien alors qu'ils seraient incapables de défendre leur jardin, de ramener un lapin pour le dîner ou de procréer correctement. Les hommes vivent dans un monde où ce sont les faibles qui dominent. C'est une injure terrible à notre nature animale, un genre de perversion, de contradiction profonde..."





"...C'est ça que je voulais dire en parlant de politesse, cette attitude de l'un qui donne à l'autre l'impression d'être là..."


"....La Civilisation, c'est la violence maîtrisée, la victoire toujours inachevée sur l'agressivité du primate. Car primate nous fûmes, primates nous restons, quelque camélia sur mousse dont nous apprenions à jouir. C'est là toute la fonction de l'éducation. Qu'est-ce qu'éduquer ? C'est proposer inlassablement des camélias sur mousse comme dérivatifs à la pulsion de l'espèce, parce qu'elle ne cesse jamais et menace continuellement le fragile équilibre de la survie...."



"...Il ne faut pas oublier les vieux au corps pourri, les vieux tout près d'une mort à laquelle les jeunes ne veulent pas penser (alors ils confient à la maison de retraite le soin d'y amener leurs parents sans esclandre ni tracas), l'inexistante joie de ces dernières heures dont il faudrait profiter à fond et qu'on subit dans l'ennui, l'amertume et le ressassement. Il ne faut pas oublier que le corps dépérit, que les amis meurent, que tous vous oublient, que la fin est solitude. Pas oublier non plus que ces vieux ont été jeunes, que le temps d'une vie est dérisoire, qu'on a vingt ans un jour et quatre-vingts le lendemain.... "




"...La langue, cette richesse de l'homme, et ses usages, cette élaboration de la communauté sociale, sont des œuvres sacrées. Qu'elles évoluent avec le temps, se transforment, s'oublient et renaissent tandis que, parfois, leur transgression devient la source d'une plus grande fécondité, ne change rien au fait que pour prendre avec elles ce droit du jeu et du changement, il faut au préalable leur avoir déclaré pleine sujétion. Les élus de la société, ceux que la destinée excepte de ces servitudes qui sont le lot de l'homme pauvre, ont partant cette double mission d'adorer et de respecter la splendeur de la langue..."  


"...Je suis toujours fascinée par l'abnégation avec laquelle nous autres humains sommes capables de consacrer une grande énergie à la quête du rien et au brassage de pensées inutiles et absurdes..." 

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https://qqcitations.com/auteur/muriel-barbery













lundi 17 août 2020

Le Désert de la Mort ...



Souvenirs de Californie
Juillet -août 2000

Texte :  25 février 2015






 

Ça, je dois le reconnaître, nous l'avions abordé trop tard le Désert de la Mort.
A la porte d'entrée du désert, il y avait d'abord eu  ce panneau routier devant lequel nous nous étions arrêtées pour réfléchir longuement et qui nous avait posé de nombreuses questions :
Vous entrez dans le Désert de la Mort
- Avez-vous une réserve d'eau suffisante ?
- Avez-vous fait votre plein d'essence ?
- Avez-vous vérifié l'eau de votre radiateur ?
- Avez-vous emporté de la nourriture en suffisance ?
La liste était plus longue mais j'en ai oublié une partie.
Ce panneau donnait un peu froid dans le dos mais, qu'à cela ne tienne, si froid il y avait, il était le bienvenu même s'il ne venait vraiment que du panneau. Pour le reste et malgré l'heure, la chaleur était intense.
Un deuxième arrêt nous avait encore retardées : la découverte des arbres de Joshua, ces arbres mythiques immortalisés par la couverture d'un disque de U2.
Ils nous ouvraient la voie vers le désert comme ils avaient ouvert la route vers la Californie aux Mormons.
A leur vue, j'avais freiné, effectuant un arrêt quasi sur place mais, à vrai dire, sans risque d'embouteillage : nous étions vraiment les seules sur cette route.
Hop, j'empoignai mon appareil photo, me précipitai entre les rochers et, malgré les recommandations effrayées de ma sœur, m'avançai dans le désert pour mieux cadrer.
«Fais attention aux serpents à sonnettes, tu n'as que des sandales de marche, si tu te fais mordre qu'est-ce que nous ferons ….»
Ma sœur venait avantageusement de remplacer le prophète et, bon, à force, tous ces présages énoncés d'une voix funeste eurent raison de mon inconscience. Après quelques photos, sur la pointe des pieds cette fois, je fis demi-tour pour rejoindre notre véhicule.
Nous reprîmes la route avec, derrière nous, un soleil rougissant d'aise à l'idée d'aller bientôt se coucher.
C'est alors que, par un pur effet du hasard, nous croisâmes un spectacle hallucinant : la fameuse Badwater Ultramarathon.
Depuis combien de temps ces sportifs couraient-ils ? Il nous fut impossible de le dire mais une constatation fut certaine : ce n'était plus ni des hommes ni des femmes qui arrivaient face à nous mais des carcasses déshydratées à faire peur. Certains titubaient, zigzaguaient et je souhaitai pour eux une ligne d'arrivée toute proche. Seigneur ! Comment pouvait-on être aussi fous ?
Nous continuâmes alors notre route, nous attendant à croiser, à tout moment, un cadavre étalé sur le bitume comme une vieille bouse de vache séchée.
Lorsque l'astre perdit définitivement de sa brillance pour choisir des tons orangés puis rouge sang, je n'y tins plus, il fallait immortaliser cette disparition royale : nouvel arrêt. En long, en large, en diagonale, je pris des photos sur lesquelles son déclin amenuisait le soleil. Lorsque j'eus terminé, en me retournant, je constatai avec horreur que, sur le versant opposé de la route, une équipe de cinéastes professionnels, caméras sur pied, filmait le même spectacle. Cela me fit grincer des dents car, durant plusieurs minutes, j'avais sauté, comme une gerboise en folie, d'un côté à l'autre de la route pour trouver le meilleur cadrage. Mon seul espoir fut qu'aucun membre de cette équipe n'ait pris le temps de m'observer.
Malgré la disparition progressive du soleil, la chaleur ne faiblissait pas. A chaque sortie de la voiture, nous nous mettions à transpirer, les tee shirts s'humidifiaient à une vitesse V prime et la sueur du front nous inondait les yeux et brouillait notre vue.
C'est dans un état second que nous atteignîmes Furnace Creek où nous devions camper. La nuit était tombée depuis belle lurette et, en dehors de l'asphalte de la route et de quelques poteaux indicateurs illuminés par nos phares, autour de nous, c'était le noir absolu dans une chaleur encore plus absolue.
Où se trouvait le camping ? Question cruciale si nous voulions dormir ailleurs que dans notre voiture. A force de tourner dans des sentiers caillouteux, de faire marche arrière, de rebrousser chemin, nous arrivâmes devant une entrée qui semblait être celle d'un camping.
Ce n'était pas le bon. Celui-ci semblait abandonné ou non terminé. Le Désert de la Mort avait eut raison des promoteurs. En tout cas, personne n'y vivait et, comme le fit remarquer Danielle en toute lucidité, seuls les crotales, scorpions et autres joyeusetés du coin avaient installé leurs pénates dans ce coin perdu.
Nouveau demi-tour. L'angoisse commençait à poindre. Vraiment, où allions-nous dormir ?
C'est alors qu'un point lumineux, pas trop éloigné, apparut dans le sombre horizon de nos pensées. Nous avions raté le bon embranchement et étions passées, sans la voir, à côté de l'entrée du camping salvateur.
Deux immenses soupirs de soulagement balayèrent l'air conditionné de notre voiture. Sauvées, nous étions sauvées. Nous allions pouvoir étaler nos fatigues respectives sur des matelas pneumatiques moelleux et accueillants et récupérer des forces en suffisance pour attaquer la journée du lendemain.
Merveilles parmi les merveilles, des tamaris, un espace de douche, des tables et leurs bancs, des petits sentiers, toutes ces choses nous attendaient pour nous offrir le confort d'une mini-civilisation perdue dans cette Vallée où tant de prospecteurs et émigrants étaient venus mourir.
Cela n'allait pas nous arriver, nous en étions maintenant certaines et cette constatation nous fit rire bêtement.
Rire ? Nous aurions dû nous méfier. Dans cette région du monde, c'est une activité qui ne dure jamais longtemps. Nous l'apprîmes vite à nos dépends.
L'emplacement choisi sous un magnifique tamaris aux grosses branches, tout proche du point d'eau, il fut décidé que je monterais la tente et que Danielle, la première, irait prendre une douche paradisiaque.
Ma sœur, trousse de toilette sous le bras, s'en alla en chantonnant tandis que je commençais à dresser les piquets, à placer la toile et à ajuster les tendeurs. Brusquement, un cri terrifiant retentit dans la nuit. Je lâchai mon travail, me redressai et cherchai du regard l'endroit d'où le cri était sorti : les douches ! Je vis alors ma sœur arriver à pas rapides et, comme une prêtresse grecque, hurler son désespoir vers le ciel : «L'eau est bouillante, l'eau est bouillante, il est impossible de prendre une douche !»
-- L'eau est bouillante ? Mais comment est-ce possible ? Ils n'ont pas installé l'eau froide ? 
-- Mais c'est parce que les canalisations sont sous terre ! Elles ont chauffé toute la journée ! ! ! C'est impossible d'avoir de l'eau froide ! ! ! ! ! 
-- Comment va-t-on faire pour se laver ? Nous sommes dégoûtantes de transpiration. 
-- Je ne sais pas, je ne sais pas, gémit ma sœur.
Là-dessus, elle voulut déposer sa trousse dans la tente mais, son désespoir ou peut-être la sueur lui brouillant la vue , elle vint se cogner le front contre la branche maîtresse de notre beau tamaris.
-- Ouille ! Ouille ! Ouille ! Furent les nouveaux cris qu'elle poussa en sautillant sur place.
-- Va vite mettre de l'eau froide, cela calmera la douleur, lui dis-je bêtement.
-- Mais je viens de te dire que l'eau qui sort des robinets est bouillante, hurla-t-elle avec colère.
La chaleur ambiante qui avoisinait toujours les quarante ou cinquante degrés m'avait ramolli le cerveau et fait oublier la chaleur de l'eau des douches. Je restai sans voix non devant son malheur mais devant l'ineptie que je venais d'énoncer.
Sa douleur finit par se calmer et, après avoir gonflé les matelas et fait une rapide toilette à l'évier de la salle d'eau, nous décidâmes de nous coucher.
Et hop ! Deux corps se jetèrent sous la tente, un main se tendit vers les toiles flottantes des portes et les tirettes se fermèrent.
Le bonheur espéré ne dura pas longtemps.
Brusquement, les tirettes se rouvrirent et l'on vit ma sœur s'extraire de la tente.
-- Il est impossible de dormir là-dedans, siffla-t-elle, c'est un étouffoir ! 
-- Dans ce cas, où veux-tu dormir ? lui demandai-je. Dehors, il y a des tas de bêtes dangereuses ! 
-- Je ne sais pas, je vais voir.
Et elle partit, oreiller et sac de couchage sous le bras. Je la perdis de vue parmi les tamaris.
Il était vrai que l'atmosphère, sous la tente, était délétère. Personne ne pouvait survivre à une nuit sous abri de toile dans ce désert. Je sortis aussi et me dirigeai vers la voiture me disant qu'il y ferait plus frais. Seconde réflexion stupide de la nuit. Comment pouvait-il faire moins chaud dans le véhicule alors que la climatisation était coupée ? La chaleur était en train de me décerveler. Dès que la portière se referma sur moi, je suffoquai et ressortis presque aussitôt.
Dormir, dormir, je voulais dormir. Une dernière idée, lumineuse cette fois, se fraya un chemin et je me souvins que de l'eau qui s'évapore rafraîchit toujours l'atmosphère. J'empoignai donc tous les essuies qui se trouvaient à ma portée, et partis les tremper dans un évier de la salle d'eau. Même chauds dans un premier temps, ils finiraient bien par se refroidir. Je revins, essuies dégoulinant à bout de bras, les étaler sur mon matelas pneumatique. Deux essuies mouillés sous le corps, deux essuies mouillés par dessus, foin de toute idée de rhumatismes, c'était parfait. La fraîcheur arriva rapidement et, sans plus penser au sort de ma sœur, je plongeai dans un sommeil profond.
Que devenait Danielle, pendant tout ce temps ? Et bien, son truc à elle fut d'aller dormir sur l'une des tables du camping où une très légère brise lui apporta un peu de fraîcheur en cours de nuit. Elle ne fut d'ailleurs pas la seule à avoir choisi cette solution. Lorsque je partis à sa recherche au petit matin, je constatai que d'autres tables s'étaient garnies, durant les heures nocturnes, de corps éreintés. Et, en tout bien tout honneur, comme il se devait. Chacun sur sa table et Dieu veillant sur son petit monde ronflant ou sifflotant.
Honte, honte, honte sur nous ! Nous eûmes, ce matin-là, le culot d'aller prendre un petit déjeuner au ranch super snob jouxtant le camping. Malgré une tentative de toilette matinale, nous y arrivâmes ….. dans un manque de fraîcheur totale. D'après les regards qui nous suivirent, nous comprîmes qu'il valait mieux aller manger notre bacon et notre omelette dans un coin éloigné du public amidonné qui s'apprêtait à partir jouer au golf...
Car, il faut le savoir, à cet endroit du désert, un parcours de golf avait été construit, des palmiers plantés, des pelouses semées et tondues avec amour; de luxueuses «golfettes» électriques sillonnaient les allées de gravier afin d'éviter toute marche inutile aux nantis de notre planète.
Vous l'avouerai-je ? Ma sœur et moi n'en faisions pas partie et ce fut le miracle du jour si, comme deux crotales indésirables et surveillés de près, nous pûmes obtenir de quoi nous restaurer.


Merci à Jacques pour sa relecture et ses conseils



vendredi 7 août 2020

La Vérité et le Mensonge



Selon une légende du 19e siècle la Vérité et le Mensonge se sont rencontrés un jour. Le Mensonge dit à la Vérité :
" Il fait très beau aujourd'hui"
La Vérité regarde autour d'elle et lève les yeux au ciel, le jour était vraiment beau. Ils passent beaucoup de temps ensemble jusqu'au moment d'arriver devant un puits. Le Mensonge dit à la Vérité :
"L'eau est très agréable, prenons un bain ensemble !"
La Vérité encore une fois méfiante touche l'eau, elle était vraiment agréable. Ils se déshabillent et se mettent à se baigner.
D'un coup, le Mensonge sort de l'eau, met les habits de la Vérité et s'enfuit. La Vérité furieuse sort du puits et court partout afin de trouver le Mensonge et de récupérer ses habits. Le Monde en voyant la Vérité toute nue tourne le regard avec mépris et rage.
La pauvre Vérité retourne au puits et y disparait à jamais en cachant sa honte.
Depuis, le Mensonge voyage partout dans le monde habillé comme la Vérité, en satisfaisant les besoins de la société, et le Monde ne veut dans aucun cas voir la Vérité nue.
Daniel Fiscot



 
"La Vérité sortant du puits" Jean-Léon Gérôme, 1896.
 
 
 
 

Bolchoï ou, mieux encore, Большой театр




photo du théâtre Bolchoï :


Ce matin, en cherchant un poème d'Anna  Akhmatova sur internet, je tombe sur le mot "bolchoï".
Ah ! "bolchoï" quel beau mot . Il emplit la bouche quand vous le prononcez, comme une  vague ferme qui viendrait heurter les dents avant de franchir leur barrière. Et s'il est prononcé d'une voix grave, basse, comme seuls les hommes russes peuvent la faire entendre, alors c'est un vrai bonheur auditif.
Et quel souvenir il fait   galoper dans mon esprit  !


Cela se passa un soir de novembre 198.... 
  
Par un heureux hasard , je me trouvais invitée à Moscou. Un  retour de quelques jours aux racines familiales.
Il y a tant de merveilles à voir à Moscou ! Mais l'un de mes grands désirs était d'aller assister à un spectacle du Théâtre Bolchoï. 
Or une telle soirée n'était pas programmée. Nous allions avoir droit à la visite du Kremlin, à une soirée au célèbre cirque de Moscou, à la visite d'un horrible élevage de visons, à un passage par le couvent  Novodevichy, à un arrêt au mausolée de Lénine ... mais... pas de Bolchoï ! 
Après quelques transactions suppliantes auprès de notre guide, celle-ci réussit à m'obtenir une place pour une soirée dans ce théâtre.
J'étais au septième ciel. 
Un point noir cependant : bien que ne connaissant pas la langue de Tolstoï, ce soir-là, je serais seule à me débrouiller pour atteindre le plus beau théâtre de la capitale russe.
Bien ancrée dans la certitude que tous les habitants de Moscou connaissaient l'emplacement de ce théâtre, je me fis fort  de prononcer correctement le mot "Bolchoï" pour pouvoir y arriver.
  
La nuit tombée, je quittai donc l'hôtel, errai quelques minutes dans les rues environnantes pour trouver une station de taxis  et, l'ayant trouvée, me mis dans la file.
Mon tour arriva, je montai, m'installai à l'arrière et, sans "bonsoir" ni "pouvez-vous..." je dis : "Bolchoï" avec une grande conviction.
Pas de réaction. Le chauffeur regardait devant lui sans bouger. Je réitérai ma demande : "Bolchoï !" Toujours aucune réaction. Bon, mon accent tonique était-il mal placé ? "BOLCHOÏ" redis-je une troisième fois.
Je vis alors l'homme se tourner vers moi et me fusiller du regard. Ce qu'il me dit, je ne le compris pas, bien entendu, mais le ton fut tel qu'il était impossible de douter : il était en colère. 
Comme je restais sans bouger, plutôt pétrifiée, de la main, il me fit signe de sortir de son taxi. Geste de rejet universel qui ne demandait aucune parole : bras tendu et la main balançant du bas vers le haut et, ici, vers l'extérieur.  
Le gabarit de ce taximan (un vrai costaud russe) me fit ouvrir la portière et rejoindre le trottoir sans demander mon reste et sous les regards étonnés des clients suivants. 

Sans savoir s'il fallait me diriger vers l'est, l'ouest, le nord ou le sud, hésitant dans des rues mal éclairées, j'abandonnai le rêve d'une soirée somptueuse, regagnai l'hôtel et finis par aller me coucher.
Au matin, lorsqu'elle me vit, la guide se dirigea vers moi sans hésitation.
-- Alors, vous avez aimé cette soirée   ?
-- Je n'ai pas pu y aller...
Son visage se décomposa sous l'effet de la colère.
-- Vous n'y êtes pas allée ? Mais savez-vous que les Russes attendent des semaines pour obtenir une place ! Que jamais personne ne fait faux bond pour un spectacle dans ce théâtre ! La place que je vous avais obtenue, c'est une autre personne qui en a été privée ! Pourquoi n'êtes-vous pas allée ? 
Je lui expliquai  ce qui s'était passé dans le taxi et que je ne comprenais toujours pas.
Durant quelques secondes, elle me regarda ahurie bien que toujours en colère  puis m'expliqua :
-- Mais "bolchoï" veut dire "grand" . Vous auriez dû dire "Théâtre Bolchoï" pour vous faire comprendre ! 
Si toutefois elle avait eu quelque estime pour les occidentaux, je venais d'en dégringoler bien bas et n'allais jamais y remonter pour d'autres raisons.

Quant au taximan, à l'heure actuelle je me pose encore la question : comment a-t-il pu interpréter le mot que je n'arrêtais pas de prononcer, accent tonique ou pas... 
"Grand !" "Grand !" "GRAND !" oui, mais grand quoi ?

Ah ! bien avant mon départ, ma  grand-mère chérie m'avait   appris à lire l'alphabet cyrillique, ce qui me fut d'une grande aide dans les stations de métro. 
En ce qui concerne la langue, en quelques semaines, les lacunes auraient été impossibles à combler ! J'étais donc partie en pays inconnu sans le sésame qui aurait pu m'ouvrir les portes du Большой театр
 






 




 

mardi 4 août 2020

Pizza courgettes et framboises



Une recette trouvée dans je ne sais plus quelle revue...
Qui m'a parue folle au départ mais qui, après cuisson, s'est révélée délicieuse !
Comme quoi, oser l'aventure et ne jamais se fier aux apparences apportent parfois une touche de bonheur simple !

Bon, je l'ai un rien modifiée, cette recette, car mon frigo ne possédait pas tous les ingrédients voulus. 
La transformation en fut d'autant plus allégée. 

 




Ingrédients :
4 tranches de lard finement coupées
15 framboises
2 petites courgettes
4 tranches de fromage pour raclette
Un rien de beurre pour graisser le plat 
Pâte à pizza maison 



Préparation : 



1) la pâte à pizza 
   250 gr de farine
   1 sachet de levure chimique
   50 ml d'huile d'olive
   100 ml d'eau chaude 
   1 pincée de sel

   Placer le tout dans un récipient hermétique du  genre Tupperware et "arlocher" énergiquement de haut en bas, de gauche à droite et même en tournant jusqu'à ce que vos muscles lâchent prise. 
C'est prêt. 


2) la pizza 

Préchauffer le four à 200°
Beurrer et fariner légèrement un plat rectangulaire (ou autre) allant au four.
Étaler la pâte à pizza (assez mince)  et en garnir le fond du plat. 
Éplucher, couper en 2,  épépiner et émincer  les courgettes. 
Les disposer sur la pâte à pizza.
Disposer ensuite les framboises puis les fines tranches de lard et terminer par le fromage émietté.
Cuire 20 minutes.

Je vais peut-être choquer les aficionados de la pizza traditionnelle  mais, franchement, j'ai trouvé celle-ci délicieuse.
En entrée, avec une petite salade assaisonnée au vinaigre de framboise, elle ferait un tabac.
  















samedi 1 août 2020