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| Le Mollard (Albiez-le-Vieux) - vue sur le mont Charvin |
Lors de nos séjours en Savoie, notre mère exigeait de nous
voir porter un chapeau afin de nous protéger du soleil. Ce
en quoi elle avait raison … mais … pourquoi achetait-elle
toujours des chapeaux d’un ridicule consommé ?
Cette année-là, elle fit l’acquisition de chapeaux du style
« chanteur de Mexico » qui nous ridiculisaient auprès des
enfants du village.
Pour ma part, je n’y prêtais pas grande attention.
Ma sœur, elle, très sensible aux moqueries de ses
camarades de jeux décida de boycotter ce couvre-chef en
paille.
Non loin de la maison louée par mes parents se dressait un
vieux mazot. Bien campé sur ses quatre larges pierres,
entouré de hautes herbes et de gentianes, c’était le lieu idéal
pour y faire disparaître l’objet de son rejet, le chapeau de
paille abhorré.
Ma sœur l’y cacha donc sous la petite échelle qui donnait
accès à la porte de la réserve. Ensuite, après m’avoir bien
fait comprendre l’importance du mutisme qui devrait être
le mien, elle bondit dans les herbes, tête nue, et prenant ses
jambes à son cou, partit à la recherche de ses compagnons
de jeux avec lesquels elle passait de longues heures à la
découverte de la montagne et de ses splendeurs.
Le temps passa et arriva l’heure du souper.
A table, Danielle fit preuve de peu d’appétit. Le visage d’une
coloration étrangement foncée, les yeux saillants, elle
pouvait difficilement laisser croire que tout allait bien
Notre mère, alertée, tendit la main, toucha le front de mon
aînée et poussa un couinement d’horreur tant ce front était
brûlant.
Aussitôt, le branle bas déclenché par la catastrophe
supposée secoua les quatre membres de la famille.
Danielle fut mise au lit avec un thermomètre bien planté
entre les fesses. Le résultat ne se fit pas attendre, à peine
quelques minutes pour secouer encore plus père et mère :
41 degrés de fièvre…
L’alerte générale fut lancée dans le village, les touristes
belges avaient besoins d’un médecin de toute urgence !
En pleine montagne, fin des années 40, allez trouver un
médecin !
Les plus âgés du village donnèrent leurs conseils : telle
herbe en infusion, un tissu mouillé sur la tête, une diète
dans les jours à venir… Tamara, aux cent coups n’en
démordait pas, c’est d’un médecin dont sa fille avait
besoin !
Le curé Rambaud annonça alors qu’il allait en chercher un.
Il s’enveloppa dans sa cape, sortit la mule et partit par les
sentiers de montagne en pleine nuit pour rejoindre Saint
Jean de Maurienne .
La descente prenait deux heures pour un montagnard
averti. Pour la remontée, c’était une autre paire de
manches : quatre heures minimum. C’est donc à six heures
du matin que le prêtre et le médecin furent de retour, le
médecin s’étant fait aider dans la montée en tenant la
queue de la mule qui, elle-même, portait tous les
instruments et les fioles nécessaires aux cas graves.
La visite ne se fit pas sans quelques sérieuses
récriminations et le praticien ne cacha pas sa colère
lorsqu’il constata que ma sœur souffrait d’une ….
insolation !
Son information claire, nette et sèche lancée à nos parents
leur fit bien comprendre que, dans ces villages de
montagne, lorsqu’il devait venir, c’était pour signer l’acte
de décès.
Et toc !
Crédit photos : Franz Moreau

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