vendredi 25 avril 2014

Les lutins de la forêt des châtaigniers : Pour Thaïsse


Ce matin, je suis partie me promener dans la forêt des châtaigniers.
Je marchais depuis une heure lorsque, à mes pieds, je découvris un magnifique orchis.
"Ah ! Ah ! voilà une bien belle rencontre" dis-je à haute voix.

"En effet, tu as de la chance" me répondit une   voix fluette venant de la fleur.
Surprise, un peu inquiète même, je me penchai vers le sol.
"Approche-toi   plus, continua la voix, tu es encore un peu loin pour me voir !"
Je me mis à genoux et, MERVEILLE ! un petit lutin blanc et rose se tenait au milieu de l'orchis.







-  Mais que fais-tu là ? lui demandai-je.  Tu risques de te faire écraser, si petit sur cette fleur !
-  En effet, j'ai bien cru que tu allais poser ta bottine sur mon orchis. Mais je me serais envolé à temps. Ne te tracasse pas trop. J'ai l'habitude de filer quand les sangliers arrivent pour croquer des châtaignes.
- Mais ... Que fais-tu là ? demandai-je encore.
- Oh ! Je prends le soleil. De temps à autre, cela me fait du bien, je suis tellement pâle ! 
Le lutin me fit un grand sourire puis il continua :
- Mon nom est Fériel. Assieds-toi, je vais appeler mes amis et, comme tu sembles aimer la nature, nous allons te présenter une danse du printemps. 
Il frappa dans les mains et j'entendis le tintinnabulement de mille clochettes


Je regardai autour de moi, vis un tronc de Châtaignier couché au sol et m'y installai, impatiente d'admirer le spectacle des lutins.
Les oiseaux se mirent à chanter plus fort et créèrent une harmonieuse symphonie qui flotta  entre les branches, se glissa  sur l'herbe, se faufila  parmi les troncs  pour rebondir vers le ciel avant de ruisseler de nouveau entre les feuilles et les brindilles; les rayons du soleil me semblèrent plus chauds. Dans la vallée, un clocher sonna midi et, au même instant, un second lutin arriva en sautillant d'une pierre à l'autre.
Ensuite, tout alla très vite;  de petits bonshommes d'un blanc mauve surgirent de partout. L'un dégringolait d'une branche, un gros joufflu se laissait glisser d'une feuille à l'autre, un petit maigrichon souleva la mousse du sol, se hissa et me fit un clin d' oeil avant d'aller s'aligner à côté de ses amis.


Lorsqu'ils furent en place, Fériel  chanta très sérieusement : 
"Un ! Deux ! Trois ! A petits pas ! 
Quatre ! Cinq ! Six ! Tous en chemise !
Sept ! Huit ! Neuf ! Cassez votre oeuf !"
La chanson était bizarre, d'autant plus qu'aucun lutin n'en suivait le rythme. Chacun s'était mis à se trémousser dans n'importe quel sens en riant de plus en plus fort. Finalement, épuisés par leurs gesticulations, ils s'écroulèrent tous sur la mousse avec des rires devenus inextinguibles.
Le chef vint se placer devant moi et, me saluant bien bas, me demanda :
- Comment as-tu trouvé ce spectacle ?
- Oh, c'était parfait, magnifique, superbe ! Je n'avais jamais rien vu de plus beau dans cette forêt.
Je me levai, moi aussi et lui fis ma plus belle révérence. En jeans et bottines de randonnée, cela me parut peu élégant mais le lutin sembla très satisfait.
-  Reviens quand tu veux, me dit-il, j'ai bien aimé te rencontrer. 
Se détournant, il frappa une fois encore dans ses mains et tous les petits bonshommes s'évaporèrent parmi les pierres comme des brumes minuscules.  
Fériel partit se réinstaller sur son orchis et, fermant légèrement les yeux, laissa les rayons du soleil venir le caresser.
-  Allez, tu peux continuer ta promenade, moi je ne bouge plus d'ici, me dit-il une dernière fois.
Sa voix était devenue de plus en plus faible pour se transformer en un minuscule ronflement quasi inaudible. Il s'était assoupi. 
C'est sur la pointe des bottines que je repris ma route, évitant de marcher sur des branches mortes et ne posant plus les pieds sur aucune fleur.
  

Quelques orchis (forêt des châtaigniers)

La forêt des merveilles

Je suis loin d'être une spécialiste en ce qui concerne les orchis.
J'en suis réduite, pour trouver leurs noms, à chercher des photos sur internet et , par comparaison,  à me dire : "Ah, oui ! ce doit être celui-ci !"
De plus, il faut savoir que certains orchis s'hybrident entre eux. Allez donc vous y retrouver !
Tout cela n'est pas très scientifique, je le reconnais volontiers.
C'est  pour dire que, si j'ajoute un nom à côté de mes photos, je ne suis certaine de rien.
Mais l'essentiel n'est-il pas d'admirer ces fleurs qui sont les diamants de la forêt ? 

Après cinq minutes de promenade, un premier émerveillement me saisit : un habitat d'orchis d'un mauve pourpre magnifique. L'orchis purpurea ?









La découverte du second habitat me laissa sans voix.
Heureusement, je n'avais personne à qui parler.
Pas une seconde à perdre, en avant pour les photos.
Est-ce l'orchis sureau dans sa forme jaune ou l'orchis de Provence (orchis provincialis) ?
(J'ai trouvé ces deux noms  sur deux sites différents)  








Au troisième habitat mes pensées étaient au bord de la syncope.
Une syncope de félicité s'entend !
Et si l'on observe attentivement cet orchis, la ressemblance des fleurs avec des êtres humains est hallucinante.
Ici, je pense ne pas me tromper en nommant cet orchis : l'orchis simia (ou orchis singe)




Non, je ne suis pas morte d'amour pour les orchis dans cette forêt tellement prolifique en cadeaux floraux. Mais, devant le quatrième habitat d'orchis, je n'en fus pas loin.
J'avais envie de crier comme l'une de mes connaissances un rien snob : "Que de ! Que de ! Mais c'est bien trop ! Tu as fais des folies !"
Mais une forêt, ce n'est pas snob, celle-ci n'aurait pas compris.






Ce dernier orchis ressemble, par sa forme, à l'orchis simia. Cependant la teinte générale est différente.

Petit rappel pour les plus jeunes
Bien entendu, la meilleure manière de protéger la nature est de n'y rien cueillir !


mardi 22 avril 2014

Petite promenade au col de la Croix Rouge

Le souvenir de cette petite promenade programmée pour profiter d'une éclaircie entre deux prévisions de pluies me donne encore des frissons dans le dos lorsque j'y repense.
Au départ, il était prévu d'aller rendre visite à la forêt des châtaigniers. Mes deux amours aiment cette forêt. 
 

A l'arrivée, cela aurait pu tourner au carnage total. 
Lorsque j'arrivai près de la chapelle Saint-Michel, je vis brusquement déboucher devant ma voiture un monstre à trois têtes. L'une avait les babines retroussées sur des crocs puissants, la seconde se balançait, une crête de colère hérissée entre deux oreilles déchiquetées par une vie de castagnes, la dernière hurlait de colère pour chasser les envahisseurs que nous étions. Le triple corps planté sur douze hautes pattes était couvert d'un pelage boueux, variant du blanc tacheté de noir au chamois en passant par un brun chocolat pur. 
Au premier regard, je sentis tout de suite qu'une entente féroce soudait ces gardiens   d'un troupeau paissant un peu plus haut, à flanc de montagne.(Mais peut-être s'agissait-il  d'une associations de malfaiteurs canins échappés d'un village voisin et venus là pour taquiner les touristes ?)
Dieu merci, j'avais vu ce chien des enfers bien avant d'avoir ouvert ma portière pour libérer mes compagnons de balade. 
Courageuse mais pas téméraire, j'effectuai un petit tour de manège sur le parking de la chapelle et redescendis en direction du versant opposé du col de la Croix Rouge. 
Elle aurait bien porté son nom cette croix  si Cerbère, torse bombé sur une assurance sans faille, s'était tenu caché derrière les cyprès de la chapelle lors de notre arrivée.
Piouououou ! Cela aurait été le massacre de la Saint-Valentin au mois d'avril ! Et mon Némo aurait servi de cacahuète apéritive pour l'une des gueules baveuses.

Dans la vallée, Châteauneuf de Bordette

Les genêts scorpions en pleine floraison
à cette époque de l'année sucrent
tout le paysage. Le genêt scorpion est aussi appelé
"épine fleurie" et ce nom populaire
lui va comme un gant.



Fleurs d'amélanchier et
baie de rosier sauvage 
Pour tout avouer, le changement de programme ne fut pas une déception : le chemin qui mène vers la montagne de Peitieux me réserva bien des plaisirs : des vues imprenables vers les Alpes, des marnes magnifiques et de nombreuses fleurs. Et cette odeur sucrée des genêts scorpions ! Hum, cette odeur ! Enivrante, vraiment !
l'orchis pourpre



Un seul point noir : les pylônes et fils électriques qui tracent leurs fines lignes grises sur une partie du paysage.
Rien n'est parfait !
les marnes, une  sombre splendeur de cette région



 


















Quand le ciel s'admire
dans une goutte d'eau

















Une bien jolie plante souvent méprisée : la graminée.
Je pense qu'il s'agit, ici, du vulpin des prés