dimanche 22 mars 2015

The Voices

Vous aimez les films qui font sortir le sang de l'écran pour venir vous éclabousser ? Alors allez voir le dernier film de Marjane Satrapi : The Voices. Pour être gore, c'est gore ! Tout en gardant un côté très humoristique. Je vous avoue que lorsque le cerf est passé à travers le pare-brise et s'est mis à parler entre deux hoquets sanguinolents, j'ai failli tomber du fauteuil.

Ce que j'ai le plus aimé ? Les animaux qui parlent, la découpe d'un cadavre fractionné pour être placé dans des Tupperwares et la double personnalité du tueur qui ne voit que le bon côté des choses lorsqu'il ne prend pas ses médicaments.
C'est un film surprenant du début à la fin avec quelques touches idylliques pour permettre au spectateur de souffler entre deux mises à mort. Un vrai délire comme on les aime (enfin, comme JE les aime).

Des culs de poulettes décervelées



Des bouches en culs de poule ? En veux-tu ? En voilà.

A vous toutes, Mesdemoiselles, qui trouvez tellement sympathique de vous faire photographier avec cette horrible bouche rappelant, en plus sordide, le cul de poule.

Depuis quelques mois, chaque fois que l'une ou l'autre jeunesse partage sa photo ou celle de ses copines sur FB, mon regard n'est attiré que par une chose : la bouche du modèle.
Les yeux peuvent parfois être magnifiques, les cheveux des plus soyeux, je ne suis obnubilée que par cette seule chose devenue monstrueuse : la bouche.
D'une fois à l'autre, c'est le même choc, l'horreur dans toute sa laideur hypertrophique. En tant que femme, cela m'atteint en plein cœur : comment peuvent-elles se ridiculiser à un tel point ? Ne se rendent-elles pas compte que chaque bouche ainsi poussée vers le spectateur ne ressemble à rien d'autre qu'à un cul de poule ?
Et pas n'importe quelle poule, Dieu du ciel ! Celle, la pauvrette, sur laquelle les expérimentateurs se sont acharnés pour lui faire pondre un œuf carré et qui en a les muqueuses endommagées pour la vie.



Lançant souvent des regards illuminés de junkies en manque, elles avancent les lèvres le plus loin possible vers l'avant (je suis certaine que plus d'une arrive à se toucher le nez) dans l'espoir …. oui, dans quel espoir, en fin de compte ? Celui de se faire remarquer ? Oh ! Pour cela, elles ne ratent jamais leur coup. L'effet de répulsion est au rendez-vous à chaque tentative .
Répulsion ? Mais peut-être pas pour tout le monde ! Ont-elles essayé de faire cette grimace sur une place publique, dans une rue passante, à la sortie d'un bistro ou d'un cinéma ? Là, elles auront le choix, il y aura toujours bien un  vieux vicelard  ou vieux libidineux qu'elles pourront regarder bien en face pour lui tendre ces lèvres qui crient au « viol consenti ». Ma main à couper que dans les minutes qui suivent l'un d'eux viendra leur demander : « Combien, la passe ? » Tellement il est vrai qu'avec la bouche ainsi déformée elles ressemblent à de jeunes p.... prêtes à sucer.
Est-ce une façon de marquer leur révolte contre un monde en pleine déliquescence ? J'ai peine à le croire. Ces photos individuelles ou de groupe semblent très souvent montrer un grand amusement, une bonne solidarité de copines.
Quelle autre raison ? Le désir de suivre, à n'importe quel prix, une mode qui enlaidit ? C'est plus probable. Je ne connais pas l'actrice ou la « people » imbécile qui a lancé cette mode. A mon avis, cette fauteuse de mauvais goût devrait faire des travaux d'utilité générale dans un hôpital psychiatrique.

Collection hiver 2016 / 2017

Quand un cinglé du changement de mode lancera, comme nouveau mouvement à suivre, la crotte de chien dans des cheveux gras, toutes les gourdasses de la lippe aberrante parcourront les rues pour s'y trouver le plus bel excrément.

J'entends d'ici des ricanements d'adolescentes : « Qu'est-ce qu'elle croit, la vieille ? Elle n'a jamais dû suivre la mode avec des idées aussi étroites ! »
Et bien oui, je les ai suivies ces modes qui ont défilé dans ma jeunesse ! Et je n'ai pas honte de reconnaître que fin des années 50, j'ai eu une robe en vichy rose et des chignons en volume style Brigitte Bardot. Ensuite, dans les années 60, il y a eu les jeans ultra-moulants (j'avais un copain qui prenait un bain avec son jean et qui le laissait sécher sur lui pour être mieux « moulé » comme il disait) , puis vinrent les pantalons pattes d'eph suivis eux-mêmes par la mini-jupe tellement courte qu'il nous fallait des slips à bords en dentelle pour rester correctes lorsque nous nous baissions. Les garçons ont eu les cheveux longs à la Che. Cette longueur fut détrônée par la mode afro faite de permanentes que nous ne mettions pas en forme. Tout cela était plaisant, parfois en réaction contre une bourgeoisie trop bien pensante mais, au grand jamais, ne nous enlaidissait comme cette mode que "certaines" jeunes filles suivent  actuellement.  
Mais peut-être n'ai-je rien compris et s'agit-il d'une arme contre les djihadistes qui aspirent aux septante vierges ? Là, c'est certain, elles gagnent à continuer sur la voie de la laideur. Qui voudrait d'elles dans un paradis où il est raconté que tout n'est qu'ordre et beauté, luxe, calme et …... (mille excuses à Baudelaire pour avoir osé le mêler à un chapitre aussi trivial de notre vingt-et-unième siècle).

Par pitié, Mesdemoiselles Laideronnes, partagez vos photos avec qui vous voudrez mais pas avec moi. Et mille bisous à celles qui gardent leurs sourires naturels tellement plus beaux.

vendredi 20 mars 2015

Souvenirs d'enfance (36) : Disparition mystérieuse de quatre adultes

Disparition mystérieuse  de quatre adultes

Elle s'appelait Palmyre, il s'appelait Aril.
Aril et Palmyre. Palmyre et Aril.
Lui, toujours vêtu de noir comme un mormon d'un autre siècle.
Elle, souriant peu, plus souvent acariâtre que joyeuse. Peut-être d'avoir passé sa vie avec sa noire moitié.
En tout cas, c'est le souvenir que je garde d'eux.
Deux personnages d'un roman de Dickens ? Non. Tout simplement l'oncle et la tante de mon père.
Mon père, Franz, neveu préféré de Tante Myre qui, elle même n'avait pas eu d'enfant.
Tante Myre et Oncle Aril : le fait de les nommer ainsi fut probablement la seule intimité que j'eus avec ces deux membres de notre famille.
J'ajoute : institutrice en chef et instituteur en chef de l'école primaire d'Anderlues, ils avaient un grand respect pour le travail scolaire bien compris et bien effectué. Ils ne m'appréciaient donc pas.
Toute cette introduction pour placer le récit qui se situe chez eux lors de l'un de ces week-ends que Franz appréciait tant .

Il est des fous rires qui restent en mémoire durant une vie entière et, allez savoir pourquoi, issus le plus souvent de faits insignifiants ou de paroles anodines.
Midi venait de sonner au carillon de la cuisine. La table était dressée et la soupe aux carottes fumait dans les assiettes. Toute la famille attendait poliment l'invitation de Tante Myre à passer à table lorsque, sans raison précise, Oncle Aril s'adressa à mon père : « Oh ! Franz ! J'ai une chose intéressante à te montrer dans ma classe. Nous allons y aller tout de suite. Suis-moi. »
Devant l'air plus qu'étonné de sa femme, levant la main droite en signe de paix, il ajouta : « Nous n'en aurons que pour quelques instants. Ce ne sera pas long. Commencez le potage, nous arrivons immédiatement. »
En une seconde, le visage crispé de Palmyre fit comprendre à chacun que cette désertion imprévue ne lui plaisait pas outre mesure. Connaissant sa moitié, Aril avait déjà entraîné mon père à travers la cour de récréation et ils avaient presque atteint les bâtiments de l'école.
« Bien ! » dit Palmyre qui venait de comprendre qu'elle n'aurait pas le dernier mot. Mais ce « Bien ! » contenait en germes toutes les récriminations futures.
Ouf ! Pour une fois, ce n'était pas mes méconnaissances scolaires qui avaient provoqué l'ire de ma tante. Je me sentis heureuse et profitai du doux soleil qui filtrait à travers les vitres de la cuisine. Ainsi, je parachevai mon état de félicité momentanée.
Ma mère, pour faire diversion aux sombres nuages qui s'étaient accumulés par-dessus chaque tête, demanda à ma sœur de profiter de cette pose pour commencer à fatiguer la salade.
Et le temps passa durant lequel Danielle n'arrêta jamais de tourner et retourner les feuilles vertes dans leur vinaigrette. Consciencieuse, ma sœur !
Au bout de cinq minutes, ma mère, cherchant une nouvelle fois à détendre l'atmosphère, proposa d'aller voir ce que faisaient les deux hommes.
Palmyre acquiesça d'un léger hochement de tête mais son regard noir n'arrêtait pas de balayer la cuisine à la recherche de l'élément incongru sur lequel sa colère pourrait s'abattre.
Ma mère partie, le temps continua à s'écouler avec une lenteur inhabituelle.
Elle fut la troisième à disparaître, avalée par les bâtiments en briques rouges. Après quoi personne ne réapparut, pas une ombre, pas un bruit. Même les oiseaux du jardin semblaient se tenir cois.
L'attente était devenue interminable et elle provoqua un étouffement de rage chez Tante Myre qui se dirigea vers la porte tout en nous disant : « Danielle et Anne, mangez votre soupe, elle va être froide ! Je vais les chercher ! »
La porte claqua, elle était sortie.
Quatrième disparition !
Le temps ne suspendit pas son vol et quelques longues minutes s'écoulèrent une fois de plus.
Je venais de mettre en bouche une cuillerée du potage aux carottes lorsque ma sœur, toujours debout, raide comme la justice, les couverts à salade en main, les yeux observant les sombres nuages qui s'éloignaient en direction de la classe de notre oncle, me questionna d'une voix mélancolique : « Tu crois qu'ils ont tous définitivement disparu ? »
Le surréalisme de cette question m'atteignit sans crier gare. En une fraction de seconde, j'imaginai le grand vide qui s'était créé dans la classe d'Aril. Pouf, d'un seul coup, plus personne. Même pas un lambeau de fumée. Une disparition absolue et inexplicable.
« Ah ! Ah ! Ah ! » Je basculai vers l'arrière. Un rire incoercible me saisit, se transforma en hurlement et provoqua un rejet violent du potage absorbé l'instant d'avant.
Ce fut une magnifique éruption, un geyser qui monta, s'étala en un parasol de mille gouttelettes avant de retomber sur la table de Tante Myre.
A la vue du désastre, mon rire s'amplifia, atteignit Danielle qui, à son tour s'écroula sous l'effet d'une joie débridée.

Couleur carotte, voilà celle des postillons qui émaillaient maintenant chaque assiette, chaque verre, la nappe cirée, le plat de salade, sans aucune harmonie, faut-il le dire.

Ce n'était pas tout ça mais, maintenant, il fallait calmer les rires et réparer les dégâts avant le retour des adultes.... surtout avant le retour de Palmyre !
Je sautai de ma chaise, ma sœur se précipita vers l'évier, me lança un essuie tandis qu'elle même faisait couler l'eau et y trempait la lavette.
Hop ! Hop ! Hop ! Nous courrions d'un bout à l'autre de la table, frottant, essuyant, replaçant correctement chaque objet nettoyé.
Seule, la salade ne put retrouver son état premier et ma sœur se remit à la fatiguer, mêlant avec allégresse postillons de potage et vinaigrette.

La cuisine venait de reprendre son aspect normal lorsque les quatre adultes réapparurent aussi mystérieusement qu'ils avaient disparu. Il n'y eut aucune explication et ce fut très bien ainsi.
Confites d'hypocrisie, nous les regardâmes, un gentil sourire collé aux commissures des lèvres et le repas put enfin commencer.
Lorsque notre tante partagea la salade et que cette dernière fut mâchée consciencieusement par chacun, ma sœur eut la mauvaise idée de me lancer un regard entendu. Le rire nous reprit.
« Mais qu'ont-elles, ces deux petites sottes ? » demanda Palmyre.
« Rien ! Rien ! » pûmes-nous dire entre deux gloussements, « c'est elle qui m'a raconté une histoire stupide » et, nous montrant du doigt l'une l'autre, nous nous accusâmes mutuellement.
Notre amusement fut attribué à l'insouciance de la jeunesse et le dessert arriva. Aucun adulte ne sut jamais ce qu'il avait mangé et le drame fut évité de justesse.

Certains crachent dans la salade, moi, j'y avais simplement lancé de jolis postillons orangés. Un rien de crachat ? Possible ! Mais qu'importait ? Tout le monde avait apprécié la vinaigrette de Tante Myre.

La cuisine expliquée à mes petits enfants : stop au gaspi des bananes très mûres

Stop au gaspi !



Lorsqu'une banane prend de l'âge, son aspect n'est pas des plus agréables. Pour autant, il est encore possible de l'utiliser pour en faire de délicieuses petites préparations. Et adieu poubelle et gaspillage !

1) En milk shake

Éplucher la banane, la couper en rondelles. Placer dans le mixer.
Ajouter 2 petits verres de lait, 1 boule de crème glacée à la vanille ou à la banane, 1 sachet de sucre vanillé.
Mixer .
C'est tout simplement délicieux.
Variante : Remplacer le sucre vanillé par quelques gouttes d'arôme de fleur d'oranger ou mieux, par quelques gouttes d'eau de fleur d'oranger. (attention au dosage, la fleur d'oranger a un parfum très puissant et devient vite désagréable si elle est utilisée en trop grande quantité).

2) En panade à tartiner

Éplucher la banane, l'écraser et y ajouter une c à c de sucre.
Beurrer la tartine puis y déposer et étaler cette préparation.
Râper quelques copeaux de chocolat sur votre tartine.
En saison, on peut y émincer une fraise...
Mettre l'imagination au pouvoir n'est pas interdit pour varier la décoration finale.

3) En potage original

Ingrédients :
1 litre d'eau + un cube de bouillon OU un reste de bouillon de poule dégraissé et filtré
1 boîte de tomates pelées de 400 gr
2 bananes mûres
20 cl de crème d'amande OU de lait de coco
sel / poivre / curry
(facultatif : un reste de blanc de poulet finement émincé)

Préparation :

Faire bouillir l'eau avec le cube de bouillon
Ajouter les bananes coupées en morceaux et la boîte de tomates pelées
Laisser cuire à petit feu durant ¼ d'heure
Ajouter une demi-cuillère à café de curry
Mixer pour obtenir une crème
Vérifier l'assaisonnement
Ajouter la crème d'amande ou le lait de coco avant de servir

Et combien d'autres recettes encore !
Stop au gaspi !

Lorsqu'une banane prend de l'âge, son aspect n'est pas des plus agréable. Pour autant, il est encore possible de l'utiliser pour en faire de délicieuses petites préparations. Et adieu poubelle et gaspillage !

1) En milkshake

Éplucher la banane, la couper en rondelles que vous placer dans le mixer.
Ajouter 2 verres de lait, 1 boule de crème glacée à la vanille, 1 sachet de sucre vanillé.
Mixer .
C'est tout simplement délicieux.
Variante : Remplacer le sucre vanillé par quelques gouttes d'arôme de fleur d'oranger ou mieux, par quelques gouttes d'eau de fleur d'oranger. (attention au dosage, la fleur d'oranger a un parfum très puissant et devient vite désagréable si elle est utilisée en trop grande quantité).

2) En panade à tartiner

Éplucher la banane, l'écraser et y ajouter une c à c de sucre.
Beurrer la tartine puis y déposer et étaler cette préparation.
Râper quelques copeaux de chocolat sur votre tartine.
En saison, on peut y émincer une fraise...
Mettre l'imagination au pouvoir n'est pas interdit pour varier la décoration finale.

3) En potage original

Ingrédients :
1 litre d'eau + un cube de bouillon OU un reste de bouillon de poule dégraissé et filtré
1 boîte de tomates pelées de 400 gr
2 bananes mûres
20 cl de crème d'amande OU de lait de coco
sel / poivre / curry
(facultatif : un reste de blanc de poulet finement émincé)

Préparation :

Faire bouillir l'eau avec le cube de bouillon
Ajouter les bananes coupées en morceaux et la boîte de tomates pelées
Laisser cuire à petit feu durant ¼ d'heure
Ajouter une demi-cuillère à café de curry
Mixer pour obtenir une crème
Vérifier l'assaisonnement
Ajouter la crème d'amande ou le lait de coco avant de servir

Et combien d'autres recettes encore !


dimanche 15 mars 2015

Gros Emile a encore gaffé

Gros Émile a encore gaffé


- Pssst ! Pssst ! Madame ! Tu es allée te promener ?
-  Oui ! Où es-tu ?
- Sous la table, fais semblant de rien et viens me rejoindre.
- Mais, Némo,  qu'est-ce que tu fais là ?
- Je me suis caché pour rire sans qu'elle le remarque.
- Et pourquoi dois-tu te cacher pour rire maintenant ?
- Il valait mieux qu'elle ne me voit pas car elle vient de piquer l'une de ses crises de colère dont elle a la spécialité quand notre Gros Émile  fait l'idiot.
- Le Gros ? Mais qu'est-ce qu'il a encore fait ?
- Oh ! Pas grand chose en définitive. Juste qu'il s'est oublié sur les coussins de mon panier.
- Et ça te fait rire ? Mais elle venait juste de lessiver tous nos coussins. C'est du travail quand même !
- Bof, oui ! Je veux bien. Mais tu aurais dû la voir quand elle est entrée dans le salon. Un brusque temps d'arrêt puis elle a levé la tête et a commencé à renifler. Je n'ai jamais compris pourquoi elle lève la tête quand elle renifle. Si tu veux sentir une odeur, c'est plus facile de coller le nez au sol, tu ne trouves pas ?
- C'est certain mais elle est coutumière de ce genre d'absurdité. La suite si tu veux bien.
- Ce fut le cri, le hurlement même : « Aaaah ! Qui a uriné dans le salon  ? » Incroyable ! Quelle question. Elle doit savoir que, les bêtises, c'est toujours Gros Émile.
- Tu as raison. Nous deux, nous connaissons nos obligations : la pinède, la pelouse, les vignes ou rien. Continue !
- Courbée en deux, elle a commencé à observer chaque partie du salon. On peut lui faire confiance, étude effectuée au centimètre près. Puis elle est arrivée près de mon panier. Les sourcils froncés, les yeux devenus noirs, elle a soulevé mes petits coussins pour découvrir le méfait. La pisse du Gros avait coulé des coussins sur les parois du panier et jusqu'au sol.
- Bêêêrhk !
- Comme tu dis, c'était peu agréable. Là, elle a explosé : « Je viens de tout lessiver ! Où est ce salopiaud ? Je vais le tuer, le dépiauter, le réduire en charpie. Où est-il ? Mais où est-il ? » Et c'est là que je suis parti sous la table car la scène m'amusait trop mais je ne voulais pas en prendre pour mon grade, moi aussi.
- Elle a retrouvé le Gros ?
- Oh ! Pas difficile ! Il continuait à dormir dans le fauteuil près du poêle comme si le drame n'arrivait pas droit sur lui. Inconscient, le gars.
- Ensuite, qu'est-ce qu'elle a fait ?
- Tu aurais dû voir sa sveltesse lorsqu'elle l'a aperçu. Elle a bondit, l'a attrapé par la peau du cou et a voulu le soulever.
- Ah ! Ah ! Ah ! Arrête ! Je parie qu'elle n'y est pas arrivée !
- Bien vu. Il est devenu tellement lourd qu'elle a dû le prendre à deux mains. Ce qui m'a épaté c'est que, là, elle est arrivée à le secouer.
- Ouaip ! Sa colère décuplait ses forces sans doute.
- Elle l'a emporté jusqu'au panier et ... oh ! Je ne sais pas si je vais continuer, j'en ai encore le cœur qui tourne quand j'y pense !
- Allez, ne fais pas ta chochote, continue !
- L'horreur ! Elle l'a plaqué au sol et lui a mis la gueule près de sa pisse en disant : « Et ça, tu l'avoues ? Tu l'avoues ? » Non mais vrai, dans cette position comment voulait-elle qu'il avoue ? De toute façon, lui, il n'avoue jamais, tu le connais. Elle a tort d'insister.
- C'est tout ? C'est cela qui te fait tellement rire ?
- Non, ce n'est pas fini. C'est maintenant que le meilleur arrive. Elle l'a  pris sous son bras, a traversé le séjour en lui donnant des claques sur une fesse et en hurlant « Euh t'as nasie, mon gars ! Euh t'as nasie, mon gars ! »
- Tu parles d'une correction ! Avec sa graisse et tous ses poils, il n'a rien senti du tout, j'en mettrais ma patte au feu.
- Tu sais ce que cela veut dire, toi, « euh t'as nasie » ?
- Non, jamais entendu. C'est peut-être une insulte... ou une forme de maladie. Oui, cela doit plutôt être une maladie urinaire.
- La nasie ? Tu crois ?
- Espérons que ce n'est pas contagieux car si on l'attrape, on risque aussi de s'oublier dans la maison. Mais bon, tout cela n'explique pas ton amusement.
- Oh, c'est parce qu'elle l'a jeté dehors et, que, immédiatement après, il est revenu par la chatière et s'est réinstallé dans le fauteuil comme si de rien n'était. Mais, au bout de quelques secondes, il lui a lancé un regard  terrifiant. J'ai cru voir partir des flèches empoisonnées. Lorsqu'elle a vu cela, elle s'est écroulée sur une chaise en disant : « Il me tue ! Il me tue ! Il va me faire mourir ! »
- Ah ! Ah ! Ah !
- Ah ! Ah ! Ah !

lundi 9 mars 2015

Souvenirs d'enfance (35) - Cours de dessin (3ème et dernière partie)


.....     
     Parfois, mes dérapages touchaient même le papier de dessin de mes voisines qui rouscaillaient, plus pour entrer dans le jeu que par colère véritable. Si les regards de Madame Florian se dirigeaient alors vers nous, il suffisait d'une fraction de seconde pour que le masque de la parfaite jeune fille vînt assombrir nos visages rieurs. Le génie de la figure inspirée nous envahissait, suspendait notre souffle. La main tenant le crayon restait levée à la recherche, semblait-il, du meilleur trait qui ferait de notre croquis l'œuvre d'art de la journée.
    Quand les regards  scrutateurs s'arrêtaient trop longtemps, la seule échappatoire possible pour reprendre notre respiration était la plongée, tête en avant, vers le cartable, à la recherche d'une gomme ou d'une latte imaginaires. Allez alors savoir pourquoi notre visage éprouvait un tel besoin d'atteindre l'intérieur des soufflets du cartable. Notre enseignante n'était pas dupe mais elle ne laissait rien paraître et reprenait ses corrections dans la sérénité revenue.
    Vint enfin le jour où, après des semaines d'asservissement aux blocs géométriques et aux croquis d'après modèles juvéniles, le professeur décida de laisser libre cours à notre imagination. Sujet libre! Sujet Libre!
      J'aurais chanté l'alléluia au milieu de la classe tant ma joie fut grande. Il ne me fallut pas trente secondes pour sortir mes gouaches et mes pinceaux du cartable, pour que je me précipite vers l'évier et, mon gobelet plein d'eau à ras bords, que je réintègre ma place en quatrième vitesse, éclaboussant au passage l'une et l'autre de mes compagnes, traînant ainsi derrière moi un chapelet de protestations forcées.
      Le sujet libre fut vite trouvé : une clairière dans la brousse africaine me parut être le meilleur. Serpents, mygales, baobabs et autochtone en transe émaillèrent bientôt ma feuille, entraînant dans leur sarabande folle les couleurs les plus vives.
Quand le dessin fut terminé, je pris place dans la file des élèves qui, alignées sur l'estrade, essuyaient, l'une après l'autre, les critiques de notre professeur.    
   Malgré les remarques positives, il fallait reconnaître que ce papillon avait le corps trop gros, que cette fleur semblait fanée au milieu de son bouquet et que les proportions du clocher de cette église n'étaient pas respectées.
     J'étais d'accord avec tout ce que j'entendais et j'aurais applaudis des deux mains n'eut été le fait que je ne désirais pas vexer mes compagnes. En ce qui concernait mon dessin, lui, il était parfait, j'en étais certaine. Il n'y aurait rien à critiquer. J'allais faire florès.
      Quand vint mon tour, je posai mon œuvre sur le bureau, déjà prête à recevoir les éloges tout en conservant une attitude modeste. Madame Florian prit le dessin, l'observa un instant, déclara que l'idée était bonne mais... que l'Africain avait les jambes bien trop courtes. Cependant, rien n'était irréparable, je pouvais encore corriger cette erreur.       Elle leva ses yeux goguenards vers moi et ajouta : «Vous comprenez, maintenant, pourquoi je vous ai appris à observer et respecter des proportions. Les proportions, dans un dessin, sont importantes. Votre Africain, avec de si petites jambes, ne doit pas pouvoir danser aisément. Retournez à votre place, vous avez encore le temps de rectifier votre dessin».
     La leçon fut rude, la pilule difficile à avaler, le coup avait porté... Jusqu'à la fin de l'heure, en tout cas, je me tins coite. Cependant, mon caractère d'âne obstiné m'interdit de faire la moindre retouche à mon dessin. Le regard fixé sur celui-ci, l'esprit égaré dans les profondeurs de la jungle qui entourait ma clairière, je ne revins en classe qu'avec la sonnerie du changement de cours.

    Dans une farde perdue au milieu de ma bibliothèque, sur une feuille de papier jauni par le temps, voilà bientôt soixante ans que, sous les regards d'un crocodile et de serpents compréhensifs, un Africain danse sur des jambes trop courtes.

Merci à Jacques pour sa relecture et ses conseils